Pédagogie

Mon enfant n’est pas matheux

Dans l’inconscient collectif s’est glissé  silencieusement une opposition entre le français et les mathématiques : valeur des diplômes, niveau de difficulté dans leur apprentissage, esprit cartésien contre sensibilité littéraire, « nul en maths » – « bon en français », cerveau gauche contre cerveau droit etc. Pourtant Thibaut de Saint Maurice, professeur de philosophie, n’hésite pas à dire : « c’est en faisant de la philosophie que [j’ai]compris la beauté des mathématiques ».

Il faut donc veiller à ne pas décourager les jeunes enfants face aux premières difficultés et à ne pas leur asséner le traditionnel : « tu n’es pas matheux ». « Il est probable que bien des enfants qui n’arrivent pas à suivre en maths n’aient aucun déficit biologique – ils n’ont tout simplement pas reçu une éducation optimale », indique S. Dehaene dans « La bosse des maths ». *

 

Que sont les mathématiques en classes primaires?

Contrairement à une idée reçue, les mathématiques ne se réduisent pas à « faire des opérations » et résoudre des problèmes. Comme en français, chacune des disciplines enseignées en mathématiques sollicite des aptitudes différentes, des mécanismes cérébraux que les neurosciences déchiffrent de mieux en mieux. On dit d’ailleurs dans l’enseignement supérieur qu’un bon grammairien est un bon mathématicien, et inversement.

Le calcul mental, la numération et le système métrique sont aux mathématiques ce que la méthode syllabique et les règles de grammaire sont à la lecture et à l’étude de la langue ; ils donnent le code de déchiffrage pour accéder au sens : routine du comptage, estimation rapide des grandeurs numériques, automatisation du lien entre symboles et quantités…* C’est à la portée de tous sauf pathologie avérée.

Les problèmes, comme  la dictée, constituent l’exercice de synthèse par excellence. Ils font appel à des compétences en lecture, en techniques opératoires. Ils imposent  une démarche de questionnement et la transcription du raisonnement. Ils permettent l’application de formules dans des situations différentes.

La géométrie est aussi précise que l’analyse grammaticale ou logique et constitue un bel exercice d’observation, de rigueur tout en développant la vision dans l’espace. Certains « non matheux » s’y épanouissent.

 

La transcription pour apprivoiser l’abstraction

Ces différentes disciplines des mathématiques ont aussi besoin de la langue : la transcription est la seule façon de valider les cheminements intellectuels. Cela s’apprend dès le CE1 par l’entraînement à la rédaction des « solutions ». C’est cette rédaction qui justifie l’opération que l’écolier a le plus souvent trouvée mais parfois sans vraiment savoir pourquoi ni comment. C’est elle qui permet d’éviter des erreurs grossières comme celle-ci : Au problème « sur un bateau, il y a douze moutons et treize chèvres, quel est l’âge du capitaine?, » trop d’enfants répondent, 25*. C’est elle enfin qui oblige l’élève à traduire les fulgurances de ses intuitions numériques.

Malheureusement, les spécialistes font un constat : les élèves rédigent trop peu, selon les résultats de la « conférence de consensus » rendue publique par le Conseil National d’Évaluation du Système Scolaire (Cnesco): 40 % des élèves de 3ème ne rédigent pas ou très peu.

 

Ne pas opposer les mathématiques au français

Pour conclure, le français et les mathématiques ne sont pas antinomiques mais bien complémentaires. Les mathématiques des classes primaires sont, au même titre que le français, une matière qui construit l’enfant, requérant attention, rigueur, précision, rapidité, déduction, perspicacité, une richesse dont on ne peut priver les écoliers. « C’est surtout le cercle vertueux d’un apprentissage réussi qui conditionne le fait que nous soyons habiles dans les arcanes du calcul et du raisonnement abstrait », nous dit  Loïc le Gac**.

Dans l’immédiat, nous pouvons agir simplement : commençons par les faire jouer aux dés, aux petits chevaux, au jeu de l’oie ou à la bonne paye, gestes tout simples mais qui auront des conséquences à long terme sur leur réussite* et suivons les recommandations du CNESCO qui plaide pour un apprentissage beaucoup plus approfondi et varié de la rédaction, dès les petites classes.

*S. Dehaene la bosse des maths éd Odile Jacob

**Loïc le Gac Thinkovery

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