Une question ?
Contactez-nous
par téléphone 01 42 74 18 97

ou par notre Formulaire
7 octobre 2015

Les notes à l’école : faut-il les garder ?

Relev de notesChronique de rentrée : les notes constituent-elles une tyrannie traumatisante ou de précieux repères ? Idées fausses et réalité.

Par Florence Bouvet, co-fondatrice du Cours Sainte-Anne et correctrice de la maternelle à la 6ème .

Dès le début de l’année, la Maman d’une élève de Grande section de maternelle (5 ans !) me pose cette question chargée d’angoisse :

« Ma question est la suivante: comment se passe le système de notation car j’ai peur que cela soit démotivant pour ma fille si les notes ne sont pas bonnes, sachant que nous travaillons pour avancer correctement mais ma fille est vite démotivée lorsqu’elle ne réussit pas une étape. (!) »

La perception des notes par les parents

Ce cri d’angoisse comporte plusieurs messages et dresse une vision assez exhaustive de la perception des notes par les parents véhiculée par l’air du temps.

  1. La note doit toujours être bonne. C’est particulièrement vrai dans le cas de l’enseignement à distance car les parents mués en répétiteurs se sentent également notés. Ils doivent assumer l’éventuelle « mauvaise note » de leur enfant à double titre : celui de répétiteur et de parent.  
  1. Une « mauvaise note » est forcément démotivante. Ce que l’on peut traduire par : une mauvaise note n’est pas constructive donc supprimons-la ! Cela revient à escamoter toutes les erreurs que commet normalement tout individu qui apprend (un apprenant !) puisqu’il n’a pas la science infuse. 
  1. L’enfant doit réussir, tout, tout de suite sinon il est découragé. L’instantanéité de notre époque frappe très fort et ses conséquences en sont bien pernicieuses car en supprimant l’éventuelle « sanction » que peut contenir une note, elle supprime la notion même de progression. Sous prétexte d’encourager l’enfant, on lui fait croire que tout ce qu’il fait est juste, bien, bon. C’est la porte ouverte au nivellement par le bas, à l’appauvrissement scolaire, intellectuel, culturel généralisé du tout facile distillé sur les bancs de l’école, à encourager une forme de « désinvestissement » de l’élève. 

Les notes au Cours Sainte-Anne

Au cours Sainte-Anne, nous avons appris à faire parler les notes car nous n’avons pas les enfants en face de nous. Pour cela il faut qu’elles soient fréquentes, réalistes et pondérées par les paramètres propres à l’enfant

  1. Tout d’abord les notes dans les classes primaires sont plus nombreuses qu’au collège car les savoirs sont en cours de construction et nécessitent plusieurs étapes avant d’être bien maitrisés.

Par ailleurs, l’élève de classes primaires est rarement régulier. Seul un nombre suffisant de notes permet alors de dégager une ligne médiane du niveau de l’enfant.   

  1. Elles doivent être réalistes car le retour de bâton peut être dévastateur : une note surévaluée pour « encourager » l’élève est risquée car à un moment ou à un autre il se trouvera confronté à la réalité ; c’est mentir à l’élève et à ses parents. Comment fera-t-on comprendre à l’enfant et à ses parents qu’il n’a pas le niveau alors que les notes qui lui ont été attribuées étaient « bonnes »? Il y a bien d’autres façons d’encourager et de motiver l’élève et même de s’adapter à son profil. 
  1. Elles peuvent révéler aussi, et c’est particulièrement vrai en primaire, toutes les perturbations de la vie d’un enfant, qu’elles soient affectives ou médicales : attention, précocité, tension, émotivité, fatigue… qui transparaissent aussitôt. Quand les notes chutent brusquement, c’est un signal d’alarme lancé à la cantonade. Parents et enseignants peuvent et doivent se mobiliser.

Chez certains enfants, une restitution médiocre, marquée par des « mauvaises » notes,  alors que l’assimilation est bonne peut être le signe d’une précocité ou d’un disfonctionnement requérant l’intervention de professionnels de santé et des adaptations dans son parcours scolaire. 

Notes à l'écoleLa note : quels objectifs ? 

La note n’est donc pas un objectif en soi. Elle n’est qu’une indication, imparfaite certes, d’un travail plus ou moins réussi de l’enfant à un instant T, qu’il faut savoir pondérer de tous les paramètres et événements pouvant troubler le quotidien des enfants.

Pour les parents elles rendent lisibles les progrès de leur enfant.

Quant à l’enfant, il ne lui est pas demandé d’avoir une « bonne » note, mais de fournir des efforts réguliers et de donner le meilleur de lui-même, de goûter la petite victoire que constituera un progrès marqué par une meilleure note, de mobiliser sa volonté pour « faire un effort », de regarder la réalité de son travail et s’il ne s’est pas appliqué, d’en payer le prix. Il faut souvent recommencer avant de savoir bien faire. C’est la vie ! 

Sa récompense ne doit pas être sa note mais la satisfaction d’avoir bien fait son travail et même en Grande section, il le sait !