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Rédaction de Domitille : un ruisseau babillard

Rédaction de Domitille, 12 ans, élève de sixième au Cours Sainte-Anne.

Voici une très belle rédaction reçue cette semaine. Cette élève n’avait pas de talents littéraires prononcés ou de facilités particulières, mais après 3 années passées à travailler avec rigueur et courage la technique rédactionnelle, sa correctrice a tenu à faire partager le fruit de son travail. Un grand bravo Domitille !

Sujet : un ruisseau babillard.

Un roseau taciturne se plaint de l’éternel babillage du ruisseau (description, que dit le roseau, que répond le ruisseau ? …) Un jour le ruisseau se tait (barrage ? sécheresse ?) que devient le roseau ? Le chant du ruisseau n’était-il pas celui de la vie ?

Ecoutez ! Entendez-vous le chant du ruisseau qui passe par là ? Intrépide, il court au gré du vent à travers les champs emportant avec lui anguilles et truites, carpes et tanches. Il passe par la forêt, entraînant de morceaux de bois tombés de la cime des arbres, contourne les rochers formant des méandres. Les enfants se promènent en se hâtant de le rejoindre, jetant des pierres et des cailloux. Il leur chante un air gai et joyeux. Il descend la colline en balbutiant, il murmure des secrets aux fleurs et aux plantes qui le bordent. Un peu plus loin, il part à la rencontre d’un troupeau de chèvres qui broutent sous le soleil printanier. Il babille à leurs oreilles : « Venez ! Venez-vous rafraichir ! Venez ! Venez-vous abreuver, mon eau est claire et limpide. » Notre joli ruisseau se plait à gazouiller avec les oiseaux des environs, il jacasse avec les pies, bavarde discrètement avec une bergeronnette à la longue queue élégante, il chuchote des mots doux aux ravissantes demoiselles qui viennent effleurer ses bords de leurs ailes fines. En contrebas, là où le terrain est abrupt, le cours d’eau galope et saute à travers les pierres en grondant furieusement. Il plaisante et rit à gorge déployée avec une famille de grenouilles. Il vient se perdre au milieu des iris et des roseaux.

Parmi eux se trouve un immense roseau à la tige droite, aux feuilles étroites et élancées qui dresse majestueusement son cylindre brun foncé vers l’immensité du ciel. Il est taciturne, parle peu et n’est pas d’humeur à plaisanter. Cette plante est plutôt silencieuse et apprécie de pouvoir se balancer doucement au souffle du vent. Il se tait, discret.

Au ruisseau qui ne cesse de jaser, il se plaint : « je ne supporte plus ton babillage continuel, de nuit comme de jour, tu chantes, tu gazouilles, tu jacasses sans te soucier de moi ! » Le ruisseau espiègle lui répond : « Danse avec moi, je t’apprendrai la volupté, chante avec moi, je t’apprendrai la gaité, bavarde avec moi, je t’apprendrai l’amitié. »

Un beau jour, notre ruisseau plein de vie se tait. Plus un bruit. Un peu plus haut, en amont, des hommes ont construit un barrage. La course tumultueuse du ruisseau a pris fin. Les enfants tristes de ne plus jouer avec lui s’éloignent. Les chèvres partent vers d’autres contrées. Les oiseaux perdent un ami et s’envolent vers d’autres cieux. Le roseau qui était superbe et fier plie doucement sa tête vers le sol, ses feuilles se courbent et son cylindre velouté perd sa majesté.

Le chant du ruisseau n’est-il pas celui de la vie, la vie qui grandit, la vie qui déploie sa vitalité et son énergie à se mettre au service d’autrui ?